L'enfant sourira peut-être

Mme Blessing, quatre-vingts printemps, vit seule parmi ses souvenirs dans son immense propriété. Éternelle insatisfaite, d'un caractère volontiers grognon, elle ne tolère que la présence de Skip, son homme à tout faire, jeune délinquant repenti. Quand ce dernier trouve devant la porte un bébé abandonné, il redoute la réaction de son austère patronne. Contre toute attente, Mme Blessing se prend d'affection pour la petite, rebaptisée Faith, et semble trouver une seconde jeunesse.

Unis par ce secret, l'octogénaire et le jeune homme nouent de nouveaux liens, subtil mélange d'amitié et de respect. Mais l'arrivée de cet enfant force la digne Mme Blessing à s'interroger sur sa vie. Une vie tragique, jalonnée de secrets, de drames, de non-dits, dont elle n'a pas fini de payer le prix fort...

Editions Belfond - 338 pages

Après ma courte période 1 jour / 1 livre et surtout après le coup de coeur de iBoy, j'ai eu du mal, comme souvent, à me plonger dans ma nouvelle lecture. D'autant plus que c'était une lecture prise totalement au hasard : je ne connaissais pas l'auteur, je n'avais jamais entendu parler du bouquin, la couverture ne m'attirait pas particulièrement, et je l'ai simplement choisi parce que c'était le seul Q qui m'attirait un tant soit peu à la médiathèque (même si j'ai bien aimé mes deux livres de Michel Quint les années précédentes, j'avais envie de découvrir quelqu'un d'autre). De plus, le premier chapitre permet d'entrer tout de suite en contact avec une narration qui m'a semblée confuse, parce que mêlant plusieurs personnages et plusieurs époques à travers des réminiscences et du savoir commun (Mme Blessing faisant partie de l'histoire de la commune présentée dans ce roman) et du coup, ça ne m'a pas donné envie. Mais j'ai persévéré et j'ai bien fait, car voici mon 2e coup de coeur de 2015.

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L'écriture, donc, puisque j'ai commencé par ça. Il s'agit d'une narration à la troisième personne. Oui mais voilà, les personnages (et surtout Mme Blessing donc, ce qui n'est guère étonnant vu son grand âge et son histoire personnelle) ont la fâcheuse tendance de se laisser emporter dans leurs pensées et leurs souvenirs, ce qui fait que parfois, sans transition ni indication, nous passons du moment présent à un souvenir, puis revenons sans plus de manières. C'est assez déroutant au début, mais vu que c'est très bien mené, c'est très agréable. De plus, l'auteur sait camper une atmosphère (ça se dit, ça camper ue atmosphère ? planter une atmosphère ? établir ? enfin bref, vous me comprenez) : il y a un charme suranné, très plaisant tout au long du livre. Mme Blessing est d'une autre époque et elle l'imprime à son domaine et aux gens qui l'entourent. Et en même temps, elle se laisse petit à petit séduire par le moment présent, l'arrivée de la Vie dans sa vie tranquille, ordonnée et franchement terne.

Autour d'elle, quelques personnages : Nadine, sa domestique ; Jennifer, la fille de cette dernière ; et Skip, le petit moins-que-rien qui cherche à établir une vie posée, loin des clichés de la jeunesse de sa ville.

Mme Blessing et Skip m'ont particulièrement touchée pour des raisons bien différentes. L'histoire de la première est finalement assez tragique, de cette tragédie ordinaire qui touche tant de gens. Elle a tout perdu, à part son argent. Skip, lui, est un homme bon. Refusant la fatalité qui dit qu'il sera un bon à rien toute sa vie, il reçoit un magnifique cadeau quand il décide de s'occuper du bébé abandonné devant sa porte. J'ai aimé sa façon de se l'approprier, de s'occuper d'elle, son amour inconditionnel pour elle.

Bien que la fin puisse paraître décevante, je l'ai trouvée très juste et du coup, je la trouve belle. Douce amère, mais belle. Et tout à fait réaliste.

L'auteur nous dépeint un moment de vie, simple, dur mais beau et surtout très réel.


 

ABC2015